Saint-Hilarion à Chypre 



photo du château

On aperçoit une ligne de murs crénelés, descendant rapidement avec 45° de pente, tournant à angle droit...

Géographie(1)

«Le pic de Saint-Hilarion, dont M. de Mas Latrie a reconnu la hauteur à 709 mètres, est situé exactement à 4 kilomètres et demi de Kyrinia en ligne droite.

La première partie de la chaîne que l'on traverse est contournée vers le sud, et l'on en reprend les flancs septentrionaux jusqu'au fond plat d'une cuvette qui est un champ à céréales. De là, le pic rocheux sur lequel était construit le château qui fut la résidence favorite des Lusignan, se détache nettement sur l'azur du ciel, se présentant par le côté, avec un sommet bifide. On aperçoit une ligne de murs crénelés descendant rapidement, avec 45° de pente, jusqu'aux deux tiers de la montagne, tournant à angle droit vers l'est, où ils devaient rejoindre une série d'ouvrages élevés jusqu'aux roches à pic, du côté nord. Le tout formait une défense naturelle inexpugnable. De loin en loin, des bastions crénelés reliant trois enceintes de murs; au sommet, une tour de vigie, et, immédiatement au-dessous, un fort. A droite, construite à pic sur la roche, devait être la partie principale du château. Les murs extérieurs ont 1 m. 50 d'épaisseur et sont formés de pierres irrégulières, non taillées, réunies par un fort ciment. Il est difficile, dans une visite rapide, de se représenter exactement quel a été le plan de ce curieux travail de défense et de refuge. Nous pénétrons dans la première enceinte par une porte basse, ouverte dans une muraille de 2 mètres d'épaisseur. Dans l'enceinte intérieure, l'entrée se faisait par un long tunnel courbe qui continuait à gauche, laissant à droite les parties principales du château s'appuyer sur les roches de l'est. Là était l'église, petite; ornée de colonnes de briques noires où l'on voit encore, sur les murs, des restes infimes de peinture à fresque. Puis des chambres sans direction générale, les unes au-dessus des autres et de conservation différente. Ici et là, des tas de matériaux, des amas de ruines gisant de tous côtés et se rattachant à l'on ne sait quel système de construction. Les citernes sont nombreuses; profondes, et pouvaient renfermer de l'eau pour un siège indéfini. Par des pentes très raides, rendues glissantes par les fines graminées qui s'y sont desséchées, escaladant les amas de décombres croulants, les roches par leurs interstices, traversant des murs troués ou des escaliers éboulés, des arêtes rocheuses qui laissent voir, en bas, des profondeurs de gouffre, sur les mains et sur les genoux, nous parvenons enfin, après une ascension de deux heures, jusqu'à la dernière tour de vigie carrée qui couronne tout le travail. Là aboutit l'extrémité du mur crénelé d'enceinte, couvert d'une espèce de Clausitia blanche, coquille passionnée des vieilles ruines.»




Armes des lusignan

Armes des Lusignan

Histoire(2)

«L' Hilarion qui a donné son nom au site n'était pas le saint fondateur de la vie monastique en Palestine venu mourir près de Paphos, à Chypre, mais un personnage plus tardif, qui avait dû installer sur la montagne un ermitage auprès duquel s'était élevé sans doute un monastère. Les Byzantins bâtirent une première forteresse, qui faisait partie du réseau de défenses de l'île, avec Kyrenia, Buffavent et Kantara.

Le château entre dans la chronique guerrière en 1191, avec la campagne de Richard Coeur de Lion contre Isaac Comnène, gouverneur et tyran de l'île. Les Lusignan, devenus rois de Chypre, s'empressèrent de renforcer la place, tout en en faisant une résidence d'agrément...

Saint-Hilarion fut le théâtre des luttes entre les impériaux soutenant les ambitions de Frédéric II sur Chypre et les royalistes, tenants de l'indépendance de l'île. En 1229, Jean d'Ibelin, seigneur de Beyrouth et régent du royaume chypriote, dut assiéger pendant neuf mois le château où s'étaient réfugiés les partisans de Frédéric II. Après quoi, Saint-Hilarion connut un siècle et demi de paix. La forteresse fut alors agrandie et embellie. Mais les beaux jours s'achevèrent avec les attaques des Génois à la fin du XIVe siècle. En 1489, ce fut l'occupation de l'île par les Vénitiens, qui démantelèrent Saint-Hilarion.»

(1) texte :
«LE TOUR DU MONDE» journal des voyages et des voyageurs, "Quinze mois à l'île de Chypre" par E. DESCHAMPS, librairie Hachette 1897
(2) texte :
«LES CHÂTEAUX DU SOLEIL» forteresses et guerres des Croisés, par H.P. EYDOUX, Editions Perrin 1982